samedi, 05 mai 2007
Macho, bureau, ragots ...
Entendu ce matin au marché : "Si une femme devient Présidente, qu'est ce qu'on va devenir !"
Mon diplôme d'ingénieur en poche, quand j'ai commencé à travailler dans le spatial au début des années 70, mon premier chef aimait répéter qu'il embauchait des femmes pour "tracer des courbes", pas pour faire des calculs compliqués. Quinze ans plus tard, alors que j'avais "pris du galon", il est venu me demander de lui trouver un poste dans mon service, et, vacharde, je lui ai répondu qu'avec les progrès techniques, les ordinateurs traçaient très bien les courbes et que je n'avais pas besoin de ses services !
En fait, c'est en Italie, pays pourtant réputé "macho" que j'ai rencontré le moins de réflexions et d'attitudes sexistes. On m'avait mise en garde, là bas, on accepterait mal une femme chef ! Eh bien je n'ai eu aucun problème, dans un milieu pourtant très masculin et je n'ai jamais vu personne s'étonner de me voir traverser les ateliers, me pencher sur un malaxeur ou rentrer la tête à l'intérieur d'un gros propulseur ... même en jupe !
IL a mis la photo de sa famille sur son bureau à LUI:
C'est un bon père de famille !
ELLE a mis la photo de sa famille sur son bureau à ELLE :
Sa famille passera toujours avant sa carrière !
Son bureau à LUI est en désordre :
C'est évidemment un bosseur et un fonceur.
Son bureau a ELLE est en désordre :
C'est évidemment une écervelée sans organisation
IL parle avec ses collègues :
Il est surement en train de discuter son dernier contrat.
ELLE parle avec ses collègues :
Elle est encore en train de cancanner.
IL n'est pas dans son bureau :
Il doit être en réunion.
ELLE n'est pas dans son bureau :
Elle doit être aux toilettes.
IL n'est pas au bureau
IL est chez des clients.
ELLE n'est pas au bureau.
Elle doit être en train de faire des courses.
IL déjeune avec le patron.
Il est en train de monter...
ELLE déjeune avec le patron.
Ils doivent coucher ensemble
Le patron LE critique
Il va s'améliorer
Le patron LA critique
Elle ne s'en relèvera pas !
IL a raté le contrat.
S'est-il mis en colère ?
ELLE a raté le contrat.
Est-ce qu'elle a eu une crise de larmes ?
IL se marie.
Ca va le stabiliser.
ELLE se marie.
Elle va être enceinte et démissionner.
IL a eu un enfant
Il aura bien besoin d'une augmentation.
ELLE a un enfant.
Elle va couter à la compagnie en congés de maternité.
IL fait un voyage d'affaires.
C'est excellent pour sa carrière.
ELLE fait un voyage d'affaires.
Et qu'en dit son mari ?
IL démissionne pour un meilleur emploi
Il sait très bien saisir les opportunités
ELLE démissionne pour un meilleur emploi.
On ne peut pas compter sur les femmes !
23:40 Publié dans Bonnet d'âne, coup de gueule, femmes | Lien permanent | Commentaires (2) |
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vendredi, 04 mai 2007
Allez-vous vraiment faire ça ?
Vous les plus purs que d’autres, les plus intelligents que d’autres, vous les plus subtils, vous les cohérents, vous les fins stratèges, vous allez faire ça ? Vous, les à qui on ne la fait plus, les durs du cuir, vous allez vraiment, en ne votant pas pour elle, voter pour lui?
Vous allez vraiment faire ça ? Vous allez le faire ?
Vous, les vrais de vrais , vous allez faire ça ? Pour cinq ans ! Pour cinq ans, peut-être dix, vous allez faire ça ?
Vous, les toujours déçus de tout, vous les amers, les indécis décidés, les laves plus blancs que blanc vous allez faire ça ?
Mais pourquoi ? Parce que quoi ? Parce que jupe ? Parce que talons hauts? Parce que voix ? Parce que sourire, cheveux, boucles d’oreilles? Parce que vraie ?
Il n’y a rien qui vous aille dans son programme à elle, rien ? Pas cinquante propositions sur les cents ? Pas vingt ? Pas dix ? Pas une ? Vraiment, rien du tout ?
Trop de quoi ? Pas assez de quoi?
Pas assez à gauche ? On voudrait, quitte à tout perdre, une campagne à gauche toute ?
Mais même l’extrême gauche, cette fois-ci, au deuxième tour ne joue plus à ce jeu-là. Peu importe, vous, vous allez y jouer ?
Le résultat du 21 avril 2002 ne suffit pas ? Non. On le refait en 2007, mais en mieux. Pas au premier tour, non, carrément au deuxième. C’est plus chic.
Que ceux qui ressemblent à Nicolas Sarkozy, ou qui croient qu’il leur ressemble, que ceux-là votent pour lui, quoi de plus normal. Que ceux qui lui font sincèrement confiance pour améliorer leurs dures vies, que ceux-là l’acclament et votent pour lui, quoi de plus normal. C’est même estimable.
Que les grands patrons votent Nicolas Sarkozy, pas tous d’ailleurs, loin s’en faut, non, mais par exemple les grands patrons de presse, qu’on a vu se si nombreux, si heureux, à Bercy avant hier, qu’ils votent pour leur copain, qui va vraiment améliorer leurs belles vies, c’est moins estimable, mais quoi de plus normal ?
Mais vous, une respiration possible, un air nouveau, un espace de travail politique, une chance espiègle, ça ne vous dit rien ? Vraiment rien? Mais qu’est-ce qui vous fait si peur ?
Les Italiens ont enfin chassé Berlusconi, les Espagnols, après une grande douleur révélatrice, se sont débarrassés d’Aznar, et voilà que nous, à quelques milliers de voix près, nous allons repasser le plat de la droite dure ?
Il y a un pari à prendre contre une certitude sombre, et vous ne pariez pas ?
Quels désirs obscurs allez-vous satisfaire ? De qui donc, de quoi êtes-vous secrètement solidaires. Ce ne peut-être du bien de ceux qui ont besoin, vitalement, de mieux être. Vitalement. Maintenant.
Supporterez-vous dimanche soir d’apprendre qu’il a manqué une voix ? Une seule. La votre.
Je vous en supplie.
Ariane Mnouchkine
23:55 Publié dans coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (3) |
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