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mercredi, 16 mai 2007

Ah que j'aime Victor Hugo !!!

medium_nicolas-sarkozy-et-laurence-parisot-le-14-mai-2007.jpg5 - CETTE NUIT-LÀ

 

Trois amis l'entouraient. C'était à l'Elysée,

On voyait du dehors luire cette croisée.

Regardant venir l'heure et l'aiguille marcher,

Il était là, pensif ; et, rêvant d'attacher

Le nom de Bonaparte aux exploits de Cartouche,

Il sentait approcher son guet-apens farouche.

D'un pied distrait dans l'âtre il poussait le tison,

Et voici ce que dit l'homme de trahison :

- « Cette nuit vont surgir mes projets invisibles.

Les Saint-Barthélemy sont encore possibles.

Paris dort comme aux temps de Charles de Valois ;

Vous allez dans un sac mettre toutes les lois,

Et par-dessus le pont les jeter dans la Seine. »

Ô ruffians ! bâtards de la fortune obscène,

Nés du honteux coït de l'intrigue et du sort !

Rien qu'en songeant à vous, mon vers indigné sort

Et mon cœur orageux dans ma poitrine gronde

Comme le chêne au vent dans la forêt profonde !

 

medium_vincent-bollore.jpgComme ils sortaient tous trois de la maison Bancal,

Morny, Maupas le Grec, Saint-Arnaud le chacal,

Voyant passer ce groupe oblique et taciturne,

Les clochers de Paris, sonnant l'heure nocturne,

S'efforçaient vainement d'imiter le tocsin ;

Les pavés de Juillet criaient à l'assassin !

Tous les spectres sanglants des antiques carnages,

Réveillés, se montraient du doigt ces personnages ;

La Marseillaise, archange aux chants aériens,

Murmurait dans les cieux : Aux armes, citoyens !

Paris dormait. hélas ! et bientôt, sur les places,

Sur les quais, les soldats, dociles populaces,

Janissaires conduits par Reybell et Sauboul,

Payés comme à Byzance, ivres comme à Stamboul,

Ceux de Dulac, et ceux de Korte et d'Espinasse,

La cartouchière au flanc et dans l'œil la menace,

Vinrent, le régiment après le régiment,

Et le long des maisons ils passaient lentement,

À pas sourds, comme on voit les tigres dans les jongles

Qui rampent sur le ventre en allongeant leurs ongles ;

Et la nuit était morne, et Paris sommeillait

Comme un aigle endormi pris sous un noir filet.

 

medium_alain-juppe-et-michele-alliot-mari.jpgLes chefs attendaient l'aube en fumant leurs cigares.

 

Ô Cosaques ! voleurs ! chauffeurs ! routiers ! Bulgares !

Ô généraux brigands ! bagne, je te les rends !

Les juges d'autrefois pour des crimes moins grands

Ont brûlé la Voisin et roué vif Desrues !

 

Eclairant leur affiche infâme au coin des rues

Et le lâche armement de ces filous hardis,

Le jour parut. La nuit, complice des bandits,

Prit la fuite, et traînant à la hâte ses voiles,

Dans les plis de sa robe emporta les étoiles,

Et les mille soleils dans l'ombre étincelant,

Comme les sequins d'or qu'emporte en s'en allant

Une fille, aux baisers du crime habituée,

Qui se rhabille après s'être prostituée !

 

Victor Hugo

Châtiments

Livre I

Commentaires

"Vous allez dans un sac mettre toutes les lois,
Et par-dessus le pont les jeter dans la Seine."
>>> et bien hélas c'est parti et encore plus vite qu'on aurait pu le penser, pffffffffff

Écrit par : La fargussienne | lundi, 21 mai 2007

Les commentaires sont fermés.