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lundi, 31 décembre 2007

NUIT DE NOËL

 

"Le Réveillon ! le Réveillon ! Ah ! mais non, je ne réveillonnerai pas !"

Le gros Henri Templier disait cela d'une voix furieuse, comme si on lui eût proposé une infamie.

Les autres, riant, s'écrièrent : "Pourquoi te mets-tu en colère ?"

Il répondit : "Parce que le réveillon m'a joué le plus sale tour du monde, et que j'ai gardé une insurmontable horreur pour cette nuit stupide de gaieté imbécile.

- Quoi donc ?

- Quoi ? Vous voulez le savoir ? Eh bien, écoutez :

Vous vous rappelez comme il faisait froid, voici deux ans, à cette époque ; un froid à tuer les pauvres dans la rue. La Seine gelait, les trottoirs glaçaient les pieds à travers les semelles des bottines ; le monde semblait sur le point de crever.

J'avais alors un gros travail en train et je refusai toute invitation pour le réveillon, préférant passer la nuit devant une table. Je dînai seul ; puis je me mis à l'oeuvre. Mais voilà que, vers dix heures, la pensée de la gaieté courant Paris, le bruit des rues qui me parvenait malgré tout, les préparatifs de souper de mes voisins, entendus à travers les cloisons, m'agitèrent. Je ne savais plus ce que je faisais ; j'écrivais des bêtises ; et je compris qu'il fallait renoncer à l'espoir de produire quelque chose de bon cette nuit-là.

Je marchai un peu à travers ma chambre. Je m'assis, je me relevai. Je subissais, certes, la mystérieuse influence de la joie du dehors, et je me résignai.

Je sonnai ma bonne et je lui dis : "Angèle, allez m'acheter de quoi souper à deux : des huîtres, un perdreau froid, des écrevisses, du jambon, des gâteaux. Montez-moi deux bouteilles de champagne : mettez le couvert et couchez-vous."

Elle obéit, un peu surprise. Quand tout fut prêt, j'endossai mon pardessus, et je sortis.

Une grosse question restait à résoudre : Avec qui allais-je réveillonner ? Mes amies étaient invitées partout. Pour en avoir une, il aurait fallu m'y prendre d'avance. Alors, je songeai à faire en même temps une bonne action. Je me dis : Paris est plein de pauvres et belles filles qui n'ont pas un souper sur la planche, et qui errent en quête d'un garçon généreux. Je veux être la Providence de Noël d'une de ces déshéritées.

Je vais rôder, entrer dans les lieux de plaisir, questionner, chasser, choisir à mon gré.

Et je me mis à parcourir la ville.

Certes, je rencontrai beaucoup de pauvres filles cherchant aventure, mais elles étaient laides à donner une indigestion, ou maigres à geler sur pied si elles s'étaient arrêtées.

J'ai un faible, vous le savez, j'aime les femmes nourries. Plus elles sont en chair, plus je les préfère.. Une colosse me fait perdre la raison.

Soudain, en face du théâtre des Variétés, j'aperçus un profil à mon gré. Une tête, puis, par-devant, deux bosses, celle de la poitrine, fort belle, celle du dessous surprenante : un ventre d'oie grasse. J'en frissonnai, murmurant : "Sacristi, la belle fille !" Un point me restait à éclaircir : le visage.

Le visage, c'est le dessert ; le reste c'est... c'est le rôti.

Je hâtai le pas, je rejoignis cette femme errante, et , sous un bec de gaz, je me retournai brusquement. Elle était charmante, toute jeune, brune, avec de grands yeux noirs.

Je fis ma proposition qu'elle accepta sans hésitation.

Un quart d'heure plus tard, nous étions attablés dans mon appartement.

Elle dit en entrant : "Ah ! on est bien ici."

Et elle regarda autour d'elle avec la satisfaction visible d'avoir trouvé la table et le gîte en cette nuit glaciale. Elle était superbe, tellement jolie qu'elle m'étonnait, et grosse à ravir mon coeur pour toujours.

Elle ôta son manteau, son chapeau, s'assit et se mit à manger ; mais elle ne paraissait pas en train, et parfois sa figure un peu pâle tressaillait comme si elle eût souffert d'un chagrin caché.

Je lui demandai : "Tu as des embêtements ?"

Elle répondit : "Bah ! oublions tout."

Et elle se mit à boire. Elle vidait d'un trait son verre de champagne, le remplissait et le revidait encore, sans cesse.

Bientôt un peu de rougeur lui vint aux joues ; et elle commença à rire.

Moi, je l'adorais déjà, l'embrassant à pleine bouche, découvrant qu'elle n'était ni bête, ni commune, ni grossière comme les filles du trottoir. Je lui demandai des détails sur sa vie. Elle répondit : "Mon petit, cela ne te regarde pas !"

Hélas ! une heure plus tard ...

Enfin, le moment vint de se mettre au lit, et, pendant que j'enlevais la table dressée devant le feu, elle se déshabilla hâtivement et se glissa sous les couvertures.

Mes voisins faisaient un vacarme affreux, riant et chantant comme des fous ; et je me disais : "J'ai eu rudement raison d'aller chercher cette belle fille ; je n'aurai jamais pu travailler."

Un profond gémissement me fit retourner. Je demandai : "Qu'as-tu, ma chatte ?" Elle ne répondit pas, mais elle continuait à pousser des soupirs douloureux, comme si elle eût souffert horriblement.

Je repris : "Est-ce que tu te trouves indisposée ?" Et soudain elle jeta un cri, un cri déchirant. Je me précipitai, une bougie à la main.

Son visage était décomposé par la douleur, et elle se tordait les mains, haletante, envoyant du fond de sa gorge ces sortes de gémissements sourds qui semblent des râles et qui font défaillir le coeur.

Je demandai, éperdu : "Mais qu'as-tu ? dis-moi, qu'as-tu ?"

Elle ne répondit pas et se mit à hurler.

Tout à coup les voisins se turent, écoutant ce qui se passait chez moi.

Je répétais : "Où souffres-tu, dis-moi, où souffres-tu ?"

Elle balbutia : "Oh ! mon ventre ! mon ventre !" D'un seul coup je relevai la couverture, et j'aperçus...

Elle accouchait, mes amis.

Alors je perdis la tête ; je me précipitai sur le mur que je heurtai à coups de poing, de toute ma force, en vociférant : "Au secours, au secours !"

Ma porte s'ouvrit ; une foule se précipita chez moi, des hommes en habit, des femmes décolletées, des Pierrots, des Turcs, des Mousquetaires. Cette invasion m'affola tellement que je ne pouvais même plus m'expliquer.

Eux, ils avaient cru à quelque accident, à un crime peut-être, et ne comprenait plus.

Je dis enfin : "C'est... c'est... cette... cette femme qui... qui accouche."

Alors tout le monde l'examina, dit son avis. Un capucin surtout prétendait s'y connaître, et voulait aider la nature.

Ils étaient gris comme des ânes. Je crus qu'ils allaient la tuer ; et je me précipitai, nu-tête, dans l'escalier, pour chercher un vieux médecin qui habitait dans une rue voisine.

Quand je revins avec le docteur, toute ma maison était debout ; on avait rallumé le gaz de l'escalier ; les habitants de tous les étages occupaient mon appartement ; quatre débardeurs attablés achevaient mon champagne et mes écrevisses.

A ma vue, un cri formidable éclata, et une laitière me présenta dans une serviette un affreux petit morceau de chair ridée, plissée, geignante, miaulant comme un chat ; et elle me dit : "C'est une fille."

Le médecin examina l'accouchée, déclara douteux son état, l'accident ayant eu lieu immédiatement après un souper, et il partit en annonçant qu'il allait m'envoyer immédiatement une garde-malade et une nourrice.

Les deux femmes arrivèrent une heure après, apportant un paquet de médicaments.

Je passai la nuit dans un fauteuil, trop éperdu pour réfléchir aux suites.

Dès le matin, le médecin revint. Il trouva la malade assez mal.

Il me dit : "Votre femme, monsieur..."

Je l'interrompis : "Ce n'est pas ma femme."

Il reprit : "Votre maîtresse, peu m'importe." Et il énuméra les soins qu'il lui fallait, le régime, les remèdes.

Que faire ? Envoyer cette malheureuse à l'hôpital ? J'aurais passé pour un manant dans toute la maison, dans tout le quartier.

Je la gardai. Elle resta dans mon lit six semaines.

L'enfant ? Je l'envoyai chez des paysans de Poissy. Il me coûte encore cinquante francs par mois. Ayant payé dans le début, me voici forcé de payer jusqu'à ma mort.

Et, plus tard, il me croira son père.

Mais, pour comble de malheur, quand la fille a été guérie... elle m'aimait... elle m'aimait éperdument, la gueuse !

- Eh bien ?

- Eh bien, elle était devenue maigre comme un chat de gouttières ; et j'ai flanqué dehors cette carcasse qui me guette dans la rue, se cache pour me voir passer, m'arrête le soir quand je sors, pour me baiser la main, m'embête enfin à me rendre fou.

Et voilà pourquoi je ne réveillonnerai plus jamais.

Guy de Maupassant

Texte publié dans Gil Blas du 26 décembre 1882, puis dans le recueil Mademoiselle Fifi

 

dimanche, 30 décembre 2007

Heure exquise qui nous grise

Heure exquise, qui nous grise lentement

La promesse, la caresse du moment

L'ineffable étreinte de nos désirs fous

Tout dit: Gardez-moi puisque je suis à vous

 

Sanglots profonds et longs des tendres violons

Mon coeur chante avec vous à casse-coeur, casse-cou

Brebis prends bien garde au loup

Le gazon glisse et l'air est doux

Et la brebis te dit; je t'aime loup

 

Heure exquise, qui nous grise lentement

La promesse, la caresse du moment

L'ineffable étreinte de non désirs fous

Tout dit: Gardez-moi puisque je suis à vous

 

b218432fa18a9029b8ad153a8f3ac313.jpgPeut-être mes grands-parents ont-ils assisté à une de représentations de "La veuve joyeuse" au théâtre Mogador avec Marcel Merkès, ou bien ont-ils acheté le disque avec André Dassary (et, je crois, Mado Robin), toujours est-il que toute mon enfance j'ai entendu ma grand-mère chanter cet air à longueur de journée !

 

La première représentation de l'opérette de Franz Lehar avait eu lieu le 30 décembre 1905 à Vienne. Le livret mettait en scène le Paris frivole et galantdes années 1900, ville cosmopolite où le champagne coule à flot, avec ses bulles aussi légères que le french cancan, lieu mythique où tout est possible, même le sauvetage d’un pays en faillite grâce au mariage d’une riche veuve, arrangé au cours d’une grande fête donnée par l’ambassade du Pontevedrino.

Le succès est immédiat : Berlin le 1° novembre 1906, Londres le 8 juin 1907, New York le 20 octobre 1907, en 2 ans, l'opérette sera jouée dans 30 pays, totalisant plus de 18 000 représentations.

La première parisienne a lieu le 28 avril 1909 au théâtre de l’Apollo. La Veuve Joyeuse fait courir tout Paris et en janvier 1914, le théâtre fête la 1000ème représentation. La Veuve Joyeuse se joue aussi partout en province, mais avec la 1ère guerre mondiale l’œuvre devient indésirable en France et ne réapparaitra à Paris qu'en 1925 ...

 

 

"air de Vilya" par Felicity Lott, soprano, avec l'Orchestre National du Capitole de Toulouse sous la direction de Michel Plasson, Théâtre des Champs-Elysées le 14 mai 1990

 

 

et par June Anderson, New York Philharmonic New Year's Eve Gala sous la direction de Zubin Mehta, 31 December 1990

 

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samedi, 29 décembre 2007

Le Facteur de la poste aux lettres

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par

J. Hilpert

~ * ~

Vous avez passé la nuit au bal. - Il est midi. - Vous vous levez, l’oeil encore appesanti par le sommeil. On sonne à votre porte.

« Qui est-ce qui est là ? - Le Facteur qui demande à parler à monsieur. - Le diable t’emporte ! » Et tout en murmurant ces paroles d’un fatal augure pour le visiteur, vous ouvrez.

« Monsieur, c’est votre Facteur qui prend la liberté de vous souhaiter la bonne année et de vous offrir un almanach. »

A l’audition de cette formule, prononcée le plus souvent d’un air riant par un homme d’une quarantaine d’années, à la taille moyenne, aux formes nerveuses et ramassées ; à la vue de cette main qui, parmi plusieurs douzaines de cartons, choisit avec un tact tout particulier celui qui convient le mieux à vos goûts ou à votre condition, un frisson involontaire vous saisit. Ces trois mots - la bonne année - ont suffi pour faire dérouler devant votre esprit un cercle infini d’idées pauvres et maussades. Vous avez reconnu tout d’abord l’approche du 1er janvier, jour néfaste pour qui n’est plus un enfant, époque fatale où, de peur de manquer à des usages généralement reçus, on doit tout à la fois se faire banquier et comédien.

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vendredi, 28 décembre 2007

La première séance ...

df8ba9159df3a86915ebf98417a0ba33.jpgLe 28 décembre 1895, 35 badauds se laissent attirer par l'affiche du "Cinématographe Lumière". Pour un franc, ils assistent à la représentation de plusieurs sketches, à commencer par La sortie des ouvrières de l'usine Lumière, le premier film tourné le 19 Mars 1895 à Lyon devant le portail de la rue Saint-Victor (devenue depuis la rue du Premier Film) et déjà projeté le 22 mars 1895 en supplément de programme lors d’une conférence dans les locaux de la Société d’Encouragement à l’Industrie Nationale … Il dure une minute et représente la sortie des ouvriers et des ouvrières de l’usine d’Antoine Lumière, le père d’Auguste et Louis. D’autres films sont tournés dans les mois qui suivent, L'arroseur arrosé qui met en scène le jardinier de la famille Lumière, M. Clerc, et un jeune apprenti, Duval, la voltige ou encore Le Débarquement du Congrès des sociétés françaises de Photographie à Neuville-sur-Saône (en Juin) ... au total une dizaine de petits films de moins d'une minute tous disponibles sur le site de l'Institut Lumière. Le prestidigitateur Georges Méliès figure parmi les spectateurs ...
L'effet est saisissant. Tandis que la presse dédaigne l'invention, le bouche à oreille amène des centaines de personnes à faire la queue devant le Salon Indien du Grand Café à Paris, où s'enchaînent les représentations. Une semaine plus tard, il y a 2000 personnes qui attendent devant la salle pour voir les films. Six mois plus tard, les films sont projetés dans les capitales d’Europe, aux Etats-Unis, au Mexique et suscitent des demandes d’achat pour le Cinématographe.

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jeudi, 27 décembre 2007

L'Humanitaire

par Raymond BRUCKER (1800-1875)

tome 2 (1840) des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842

 

b84fe4dd0e716423bb9863d9360482a1.jpgL’HUMANITAIRE est le zélateur d’une secte récente, née du dégoût de nos troubles politiques, et qui n’a de barbare que le nom ; mais les noms inusités blessent le tympan du vulgaire et sont frappés d’anathème, car l’inusité fait peur aux enfants. Or, les peuples sont des enfants irascibles et de piètre tolérance, témoin Socrate, empoisonné légalement pour avoir eu l’audace de faire planer un seul Dieu, l’éternel géomètre, sur la cohue lascive et déréglée des dieux de l’Olympe ; témoins les adeptes du Christ livrés aux jeux du Cirque.

 

L’humanitaire nous vient en droite ligne de Socrate ; il est parent, ou peu s’en faut, des premiers martyrs ; il en descend par la métempsycose, et ne voudrait pas y remonter par le calvaire. Nous souhaitons à l’humanitaire le triomphe des martyrs, moins leur présentation et, pour lui donner un coup de main amical dans ce défilé périlleux, nous essaierons de déblayer au profit de sa mission bruyante et conciliatrice les préjugés accumulés pour le moment sur sa route.

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mercredi, 26 décembre 2007

Qu'est ce t'as eu ?

Qu'est ce t'as eu ? des cadeaux !

 

 

 

 

 

Qu'est ce t'as eu ? un tricycle

Qu'est ce t'as eu ? un gros camion !

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Qu'est ce t'as eu ? un train en bois !

Qu'est ce t'as eu ? des livres d'images !

Qu'est ce t'as eu ? je sais plus !!!! y'en a trop !!!

lundi, 24 décembre 2007

Black Christmas

 Par Alphonse ALLAIS

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I - PROLOGUE

Je veux bien encore, malgré mon extrême lassitude, malgré mon écoeurement de tout ce qui se passe en ce moment, malgré mille déceptions de toutes sortes, je veux bien vous dire un conte de Noël.

Oui, mais pas un conte de Noël comme tous les autres.

Dans les coutumiers contes de Noël, il tombe de la neige, comme si le bon Dieu plumait ses angelots.

S'il ne neige pas, dans les contes de Noël, au moins le sol est durci par le froid et le talon des passants résonne joyeusement sur les pavés.

Dans mon conte de Noël de cette année, si ça ne vous fait rien, nous jouirons d'une chaleur de tous les diables, phénomène peu étonnant quand vous saurez que la chose se passe dans une plantation de La Havane.

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lundi, 17 décembre 2007

Yeux ouverts

b5d90669ad970899aa336b9dd73354b1.jpg"Nous sommes tous solitaires, solitaires devant la naissance (comme l'enfant qui naît doit se sentir seul!); solitaires devant la mort; solitaires dans la maladie, même si nous sommes convenablement soignés; solitaires au travail car même au milieu d'un groupe, même à la chaîne, comme le forçat ou l'ouvrier moderne, chacun travaille seul. Mais je ne vois pas que l'écrivain soit plus seul qu'un autre. Considérez cette maison: il s'y fait presque continuellement un va-et-vient d'êtres: c'est comme une respiration. Ce n'est qu'à de très rares périodes de ma vie que je me suis sentie seule, et encore jamais tout à fait. Je suis seule au travail, si c'est être seule qu'être entourée d'idées ou d'être nés de son esprit; je suis seule, le matin, de très bonne heure quand je regarde l'aube de ma fenêtre ou de la terrasse; seule le soir quand je ferme la porte de la maison en regardant les étoiles. Ce qui veut dire qu'au fond je ne suis pas seule.

Mais dans la vie courante, de nouveau, nous dépendons des êtres et ils dépendent de nous. J'ai beaucoup d'amis dans le village; les personnes que j'emploie et sans lesquelles j'aurai du mal à me maintenir dans cette maison après tout assez isolée, et manquant du temps et des forces physiques qu'il faudrait pour faire tout le travail ménager et celui du jardin, sont des amies; sans quoi elles ne seraient pas là. Je ne conçois pas qu'on se croie quitte envers un être parce qu'on lui a donné (ou qu'on en a reçu) un salaire; ou, comme dans les villes, qu'on ait obtenu de lui un objet (un journal mettons) contre quelques sous, ou des aliments contre une coupure. (C'est d'ailleurs l'idée de base de Denier du rêve1: une pièce de monnaie passe de main en main, mais ses possesseurs successifs sont seuls). Et c'est ce qui me fait aimer la vie dans les très petites villes ou au village. Le marchand de comestibles, quand il vient livrer sa marchandise, prend un verre de vin ou de cidre avec moi, quand il en a le temps. Une maladie dans la famille de ma secrétaire m'inquiète comme si cette personne malade que je n'ai jamais vue, était ma parente; j'ai pour ma femme de ménage autant d'estime et de respect qu'on pourrait en avoir pour une sœur. L'été, les enfants de l'école maternelle viennent de temps en temps jouer dans le jardin; le jardinier de la propriété d'en face est un ami qui me rend visite quand il fait froid pour boire une tasse de café ou de thé. Il ya aussi bien entendu, hors du village, des amitiés fondées sur des goûts en commun (telle musique, telle peinture, tels livres), sur des opinions ou des sentiments en commun, mais l'amitié, quelles qu'en soient les autres raisons, me paraît surtout née de la sympathie spontanée, ou parfois lentement acquise, envers un être humain comme nous, et de l'habitude de se rendre service les uns aux autres. Quand on accueille beaucoup les êtres, on n'est jamais ce qui s'appelle seul. La classe (mot détestable, que je voudrais voir supprimer comme le mot caste) ne compte pas; la culture, au fond, très peu: ce qui n'est certes pas dit pour rabaisser la culture. Je ne nie pas non plus le phénomène qu'on appelle «la classe», mais les êtres sans cesse le transcendent."

Marguerite Yourcenar, Yeux Ouverts, entretiens avec Matthieu Galley

 

Il y a 20 ans, le 17 décembre 1987 mourrait à Mount-Desert (États-Unis), Marguerite de Crayencour, plus connue sous l’anagramme de Marguerite Yourcenar.

lundi, 10 décembre 2007

L'avenir de nos parents en danger dans le Sud-Yvelines

5deb36f1777e45aab34717adfcf65674.jpgIl existe dans notre département un réseau de santé le CARMAD  qui travaille sur Plaisir, Saint-Quentin-en Yvelines, ...

CARMAD, association Loi 1901, est un réseau de santé gérontologique de ville pour aider au maintien et au retour à domicile de la personne âgée de plus de 60 ans, ayant besoin d'aide, quel que soit l'état cognitif, avec l'accord du médecin traitant, du Patient et/ou de la famille. CARMAD propose alors un maintien sécurisé, un suivi, un contact permanent, une coordination. Actuellement il prend en charge 548 personnes dont la moyenne d’âge est de 79.8 ans.

bc80d852fa24dad56e077e4889fcb2a1.jpgOr je viens d'apprendre (sur les infos régionales de France 3) que la diminution de la subvention 2007/2008 accordée par la caisse d'assurance maladie URCAM-ARH (moins 43 % du financement antérieur), leur a été notifiée définitivement  et sans appel, le 30 octobre, sans aucun espoir d’un complément pour finir 2007.

Ce réseau, faute de financement, risque de fermer ses portes, laissant par force à l'abandon les personnes âgées qu'il avait prises en charge. A l'heure où tout le monde parle maintien à domicile, où notre Président de la République fait sa « com » sur le Plan « Alzheimer », comment cela est-il possible???

Visitez son site: www.carmad.fr, tout y est expliqué. Soutenez les, c'est l'avenir de nos parents qui est en danger.

 

 

dimanche, 09 décembre 2007

Maillol, la peinture, la sculpture et Marly-le-Roi

dc2d1947e72c3c4966a461613669f362.jpgJ'aime bien quelques uns des sites qui nous racontent l'histoire au jour le jour. Je visite souvent le site "Hérodote" mais aussi une éphéméride sur l'art, assez "rustique" mais efficace, avec plein de liens sur des reproductions des tableaux dont parlent les articles ! A partir de là, je me promène ensuite sur internet à la recherche d'infos sur tel ou tel évènement, tel ou tel artiste, bref je continue à m'instruire !!!

Et hier, j'ai donc découvert que le sculpteur Maillol, né le 8 décembre 1861 (le même jour que Méliès), et dont on admire les sculptures monumentales de nus féminin au jardin des tuileries ou ailleurs, avait son atelier à Marly-le-Roi, dans les Yvelines, pas loin de chez moi donc !!! J'ai habité à Marly et je ne la savais pas ... Il faut dire qu'à l'époque mes promenades dans Marly se résumaient souvent à une ballade dans le parc avec le tricycle de mon fils alors bambin !!!

3c1c127d227c5041d42f02ea508e75f0.jpgJ'ai ainsi appris qu'Aristide Maillol avait commencé par peindre, se lia avec Gauguin et qu'un temps il fut très proche de Maurice Denis, Vuillard, Bonnard ... même s'il ne s'intégra jamais complètement au groupe des Nabis. Il fut aussi "designer" de tapisserie et son travail reflète sa grande admiration pour les Nabis, et l'utilisation de grands aplats de couleurs "sorties du tube", qui caractérisait leurs œuvres, se prêtait bien à une telle utilisation. J'ai découvert un site où l'on peut admirer plein de photos de ses peintures et tapisseries (http://pintura.aut.org/BU04?Autnum=12.889). J'ai ainsi pu ajouter une "femme lisant" à ma série !!!

Passionné d'art, Maillol et surtout sa muse et amie Dina Vierny avaient constitué une collection de tableaux des artistes qu'ils côtoyaient, Bonnard, Gauguin, Rousseau ... ainsi que de nombreux dessins de Suzanne Valadon, Picasso, Degas, Foujita ... que l'on peut admirer au Musée qui porte son nom.

d9ff43b87ca0c043480b03eb9220821b.jpgIl avait presque 40 ans quand une maladie d'oeil le poussa à devenir plutôt sculpteur, mais il n'abandonna jamais la peinture. C'est en 1905 seulement, après la parution d'articles d'Octave Mirbeau, de Gide et de Maurice Denis dans La Revue en avril 1905, et le Salon d'automne où était présenté le plâtre de la Méditerranée, que Maillol s'imposa comme un sculpteur. "La Méditerranée" attira alors l'attention autant par la perfection et la sobriété des formes que par son "silence" (Gide). Refusant le pathétique, les attitudes lisses, "sereines" de ses nus féminins rompent avec le lyrisme et les représentations fortement émotionnelles, déchirées de son contemporain Auguste Rodin, et sa représentation du mouvement, plus figé, qui essaie de préserver et même d'épurer la tradition de sculpture tirée de la Grèce classique et de Rome, s'apparente parfois à un art primitif.

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Je vous recommande le site de l'encyclopédie Insecula  ainsi que quelques photos des nus du Carrousel sur le blog "l'echo de mes pensées"  et sur un site australien 

Je vous recommande aussi de lire sur l'histoire d'une des sculptures de Maillol, "L'action enchaînée : hommage à Blanqui", superbe statue de bronze placée à l'origine en face de l’église de Puget-Théniers et maintenant exilée dans un petit square étriqué pour ne pas choquer les bien-pensants par sa nudité !!! une autre version de cette statue fait partie des 18 du Carrousel ...

Enfin, un itinéraire de promenade à Marly-le-Roi